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Le billot dégradable, c'est durable

Par Thierry Noëllec, le 23/06/2015
Catégorie : Humeur

Thierry Noëllec MédiationRupture de contrat (de travail) ou séparation à l’amiable. Quand le vocabulaire parle au-delà des mots. Exploration.


Depuis Judith et Holopherne, en poursuivant par l’invention du bon docteur Guillotin, trancher est considéré comme un acte courageux, définitif certes, mais qui donne a celui qui le réalise une stature responsable face à l’adversité. Trancher, c’est prendre parti, décider et avancer. Trancher, c’est se libérer des entraves et progresser librement. Trancher, c’est pouvoir dire « ouf, c’est fini, pour de bon », la tête d’un côté, le corps de l’autre, irréconciliables à jamais.

A l’inverse, la séparation est souvent appréhendée avec plus de souffrance. Même si séparer les blancs des jaunes paraît plus compliqué que ça ne l’est réellement, tout mouvement  séparatiste donne des sueurs froides aux frontières qu’il attaque. Séparer revient donc à renier un ordre ancien, une manière de vivre ensemble qui n’est plus acceptable. Et rares sont les séparations qui, un jour, se sont construites dans l’allégresse réciproquement partagée.  Se séparer revient alors à se défaire de l’autre  au cours d’un processus ardu et douloureux, un chemin pénible, long, trop long, toujours trop long.

Or, le langage courant (malgré lui ?), dit souvent l’inverse. Et pour reprendre les deux expressions du chapeau de cet article, on parlera en général de rupture du contrat de travail, mais de séparation à l’amiable. Marquant ainsi nettement le territoire et la charge émotionnelle des deux attitudes qui, ici, s’opposent.

C’est sans doute parce que, dans notre approche du sujet, nous intégrons à ce processus le fait, qu’à l’origine, les deux protagonistes de l’histoire vivaient chacun de leur côté. Leurs chemins s’étant croisés, ils ont semblés réunis pendant un (long ?) moment. Arrivés au bout de ce chemin commun, il faut aborder la désunion qui peut donc prendre deux visages : soit la rupture, soit la séparation.

Thierry Noëllec MédiationCependant, le sujet critique n’est pas le processus de désunion à proprement parlé...

... mais bien, plus important encore, la conservation de l’intégrité de chacun, telle qu’à l’origine en somme. Certes, enrichi du parcours commun, mais à chacun sa juste part, dan sa totalité psychique et affective. Et c’est là que ça se complique.

Considérons deux objets imbriqués l’un dans l’autre, à la manière d’un casse-tête, par exemple. A l’évidence, un coup de hache fera exploser la structure et des morceaux de l’un resterons imbriqués dans l’autre, et réciproquement. C’est une rupture. Chacun part de son côté, mais les morceaux oubliés dans l’autre font mal. Et pour chacun des deux.  

A l’inverse, prendre le temps, parfois beaucoup de temps, pour séparer les morceaux et rendre à chacun ce qui lui appartient en bien propre permet une désunion dans le respect et l’intégrité de chacun des protagonistes. C’est plus long, plus délicat, mais, au final, la douleur s’estompera plus vite.

Dans tout processus de désunion, le billot est bien la solution la plus rapide, c’est vrai. Mais c’est aussi la solution qui apportera le plus de souffrance sur le long terme, une souffrance qui, parfois, ne s’éteindra jamais.


 

Thierry Noëllec MédiationBonus qui n'a rien à voir avec ce qui précède, aimablement communiqué par Jean-Louis Lefebvre :

Litige commercial et médiation - un article web de Ouest-France