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Ange et démon : le match

Par Thierry Noëllec, le 16/06/2015
Catégorie : Pratique de la Médiation

Thierry Noëllec MédiationS’asseoir à la même table que son adversaire n’est déjà pas chose facile. Mais si en plus c’est le diable, ça devient carrément difficile. Surtout que chacun des deux protagonistes pense exactement de même. Hiatus. 


C’est un article de Roger C. Benson, relayé sur  Linkedin, qui  lance le sujet. L’auteur, médiateur (à l’américaine) en Floride, aborde le thème récurrent des représentations avec lesquelles nous approchons l’autre. Classique.

En tout cas, dans les premiers paragraphes. Là où son article prend une tournure  attrayante, c’est lorsqu’il fait référence à un entretien accordé par Rabbi Zalman Schachter-Shalomi, théologien, professeur d’université et leader du Jewish Renewal Movement. Certes, l’entretien date de 2003, mais le propos reste pertinent, ou, à tout le moins, intéressant à étudier.

Pour étayer son propos, Rabbi Zalman Schachter-Shalomi, rappelle que les mécanismes de survie sont gérés par le cerveau reptilien,  (partie archaïque et primitive du cerveau) ; alors que (ce que nous appelons communément) la raison émane du néocortex. Or, face à un danger, un conflit, le cerveau reptilien prend les commandes et annihile toute forme de raisonnement au profit des mécanismes de l’instinct de survie. Il évoque ensuite le système limbique qui, notamment, est impliqué dans les mécanismes de partage, d’échange, de relation avec autrui. Deux approches, donc, qui sont, par nature, irréconciliables. Toute négociation, médiation, faisant appel au système limbique alors que, naturellement, le conflit nous mène à réagir depuis le cerveau reptilien. Venir à la table de la négociation, de la médiation, de l’échange en pensant (si, c’est possible…) depuis le reptilien est tout simplement perdu d’avance.

Ceci étant posé, Roger C. Benson synthétise la pensée de Rabbi Zalman ainsi :

Thierry Noëllec Médiation…when people sit down to negotiate with each other, they bring with them their good side

along with what he refers to as their shadow side[i]

 

Or, bien entendu, chacun des protagonistes ne veut parler que de son propre bon côté et, parallèlement, du mauvais côté de l’autre. Chacun des deux souhaite se présenter en lumière tout en mettant en évidence la part d’ombre de l’autre. Les médiateurs des conflits connaissent bien cette situation classique, point de départ de toute tentative d’ascension vers la coresponsabilité.

Benson met alors en exergue la proposition de Rabbi Zalman :

Thierry Noëllec Médiation…leur montrer qu’il n’y a d’autre chemin hors du labyrinthe (le conflit) que par la compréhension 

complète de qui je suis dans cette négociation.


Benson évoque ensuite la pensée et les écrits de Martin Buber, (1878-1965) auquel on doit surtout une approche des relations humaines basées sur la dynamique des échanges. Rien n’existe, selon Buber, en dehors  de la relation de dialogue entre êtres humains ; chacun n’étant soi que dans sa relation à l’autre. Cette approche, a priori complexe, permet cependant d’évider  les deux pièges que sont l’individualisme d’une part et le collectif absolu de l’autre.

En conclusion, Benson revient sur le terrain pragmatique de la médiation. Cette approche savante (et instructive) étant avant tout une manière pour lui d’engager les protagonistes (les médiés) à comprendre ce qu’ils ressentent avant de savoir ce qu’ils pensent.


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Thierry Noëllec MédiationBonus qui n'a rien à voir avec ce qui précède : 

Un rapport parlementaire propose la généralisation des médiateurs pour le RSI...

No comment...

 

 

[i] …lorsque les gens s’assoient à la table des négociations, ils apportent avec eux leur bon côté avec ce qu’il appelle leur part d’ombre