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Le trône de fer est-il moelleux ?

Par Thierry Noëllec, le 09/06/2015
Catégorie : Humeur

GameOfThonesCopyrightHBOC’est, semble-t-il, une constante quasi universelle, le pouvoir et le confort sont indissociables. Plus le pouvoir s’accroit, plus le confort de son détenteur augmente.  Visite guidée.


C’est une histoire de chaise africaine. Dans cette salle réservée au personnel du port, on trouvait une dizaine de chaises qui avaient déjà bien vécu. Récupérées dans les bureaux après un changement de mobilier, la plupart d’entre elles tenaient debout plus par habitude que par conviction. Mais elles faisaient le bonheur des stevedores qui se réunissaient à la pause ou pour palabrer doctement. L’une des chaises était en fait un fauteuil de direction auquel il manquait une roue et qu’une cale judicieuse remit vite d’aplomb. Lorsqu’il arriva dans la salle des palabres, ce fauteuil fut immédiatement réquisitionné par le plus gradé des stevedores, sans que personne eut l’idée, voire l’intention, de le contredire.

C’est une histoire de chaise universelle. Le chef (ou la chef…) a toujours le plus grand bureau, ou le plus haut dans la tour, ou le plus calme. Il bénéficie aussi du plus beau, du plus solide, du plus hi-tech, bref, du plus confortable des fauteuils. Il y a même des catalogues pour ça.

Des vêtements rugueux du paléolithique supérieur aux costumes sur mesure de l’avenue Montaigne, des chars-à-bœufs des rois fainéants aux berlines luxueuses dernier modèle, des vastes tentes des princes mongols aux palaces internationaux, le chef, la reine, le pharaon, la présidente, le manager ou la directrice-générale ont toujours droit au summum du confort accessible à leur rang.

Réminiscence de l’instinct de survie qui est toujours à l’œuvre, le confort est un élément du pouvoir qui affirme l’évidence, quitte à sombrer dans la tautologie. Le confort est un marqueur du pouvoir, un élément qui dit le pouvoir sans qu’il soit utile d’en rajouter. C’est un signe du pouvoir en soi qui peut en plus se magnifier par la distance, l’apparat, voire la pompe excessive (naturellement excessive). Le confort a par ailleurs toujours tendance à être redondant : les palaces proposent des lits à deux matelas et des oreillers en surnombre ; un bureau de haut dirigeant disposera de plusieurs sièges adaptés aux différentes circonstances de la journée ou de ses invités ; chacun ici peut trouver des exemples équivalents dans sa propre expérience.

Cet article pourrait tout à fait s’arrêter sur ce constat, tout au plus en en listant quelques caractéristiques supplémentaires sur le confort. Mais est-ce bien utile ? La dialectique pouvoir/confort est si évidente qu’elle n’est plus à démontrer, l’empirisme suffit bien.

Le vrai problème est en fait ailleurs, plus pernicieux.

Car le confort physique est la voie royale qui mène au confort intellectuel. La relation entre les deux, pour aléatoire qu’elle puisse paraître, est pourtant banale.

TNMédiationDonnez le pouvoir à un crétin,

et il sera persuadé qu’il y est parvenu grâce à son intelligence.

Or le confort intellectuel est le pire ennemi du progrès de l’intelligence. Rien de grand ne nait du confort : ni une idée, ni un homme, ni une (r)évolution. Le confort, la stabilité et les certitudes n’engendrent que du convenable, de l’immuable et de l’avéré. Rien d’autre, jamais. La vie des idées, comme la vie elle-même, nait de l’inconfort, de l’instable, voire de l’impureté.

Mais le seul moyen d’y parvenir est de sortir de sa zone de confort comme aiment à seriner les coaches. Cependant, pour sortir de sa zone de confort intellectuel, voir affectif, il faut donc se résoudre à mettre son pouvoir en péril. N’est pas Diogène qui veut, rares sont les grands de ce monde prêts à perdre leur trône ou tout autre fauteuil du même tonneau pour quitter leur zone de confort et se frotter à l’incertitude.

Or, tout entrepreneur le sait, c’est dans les circonstances les plus difficiles que l’adaptation est la plus vitale. Adaptation qui exige souvent des solutions innovantes, voire radicalement différentes des usages. Adaptation qui, au minimum, nécessite de sortir de sa zone de confort, fut-elle légitime.

Faut-il alors, accepter de laisser tomber la peau de bête si chèrement acquise lorsque l'Hiver vient ?


 

L’image de ce post et la référence au Trône de fer sont issus de la série Game Of Thrones Copyright HBO


TNMédiationBonus qui n’a rien à voir avec ce qui précède :

le rapport du médiateur sur l'assurance maladie en Suisse, via le blog de  JpBs.