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L'oeuf, la poule et le Big Bang

Par Thierry Noëllec, le 31/03/2015
Catégorie : Pratique de la Médiation
TNMédiationDonc, la question la plus importante d’un conflit serait « Mais qui a commencé le premier ? » Je sais bien que ce n’est pas moi. Mais alors, qui ? Exploration.

Bientôt Pâques et le retour des œufs dans les jardins. L’occasion était trop belle pour réviser la sempiternelle question de la poule et de l’œuf. Appliquée au processus de résolution d’un conflit, c’est un classique !

C’est toujours l’autre qui a commencé le premier, c’est bien connu. Lors d’une médiation, au cours des entretiens individuels, c’est un passage (voire, souvent, un point de départ) obligé :

TNMédiationC’est pas moi, c’est l’autre qu’a commencé !

Et réciproquement.

La poule ou l’œuf ? Qui des deux s’est pointé le premier ? Dilemme insoluble, et c’est bien pour cela que la question perdure. Confusément ou pas, chacun comprend d’entrée de jeu qu’il n’y a pas de bonne réponse.

Or, la médiation devant trouver son chemin entre les méandres troubles de la culpabilité et de l’innocence, il faut bien faire émerger une réponse tangible, tant pour la poule, que pour l’œuf.

D’où l’appel à la théorie du Big Bang, dont j’éviterai ici de risquer une démonstration qui mettrait en lumière mon incompétence sur ce sujet, passionnant par ailleurs. 

Cependant, en tant que métaphore, la théorie du Big Bang est bien pratique. Elle postule, en effet, un début logique à toute chose, décelable et compréhensible, sans pour autant que l’on puisse tout expliquer, ni de son origine, ni de sa nature. En d’autres termes, si on remonte en arrière la question de l’œuf et de la poule aussi loin que possible en enchainant la succession de causes et d’effets qui émanent de notre omelette du jour, on tombe fatalement, plus ou moins vite, sur le Big Bang. Imparable.

Concrètement, ce Big Bang, décelable mais inexplicable, peut tout aussi bien s’appliquer à la naissance d’un conflit. C’est un fait, ça s’est passé, mais de là à l’expliquer et tout en comprendre, c’est autre chose. Et, tout bien considéré, est-ce bien utile ?

TNMédiationAlors tout devient plus simple. Car, ce que nous analysons, les faits que nous rapportons, les sentiments négatifs qui nous ont envahis ne sont que les symptômes secondaires de la source de ce conflit dont, en définitive personne n’est coupable au sens judiciaire et encore moins moral des termes.

Chercher la cause première d’un conflit, c’est, d’une manière ou d’une autre, chercher à faire peser sur l’un ou l’autre des médiés une part de responsabilité plus grande que la sienne propre. (Et pourquoi pas 100% de coresponsabilité, tant qu’on y est !)

En revanche, s’affranchir de l’origine en acceptant toutes les manifestations du conflit en tant que répliques secondaires, conséquences inévitables, c’est faire un premier pas vers la résolution, voire la réconciliation