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Entonnoir désir

Par Thierry Noëllec, le 27/01/2015
Catégorie : Humeur
TNMédiationInsensiblement, l’Entreprise est devenue le réceptacle idéal de nos ambitions, de nos peurs, de notre vie, bref, de notre désir. Digression.

Il y a bien longtemps qu’une Entreprise n’est plus seulement un lieu de travail et de  production de richesse (personnelle et collective) qui fournit les autres strates de la vie de manière utile et nécessaire. Et peut-être même que cela n’a jamais été le cas, une étude sociologique attentive nous le démontrerait sans doute.

Mais le constat s’impose à qui veut bien regarder, aujourd’hui plus que jamais, l’Entreprise est devenue le lieu où toute vie se concentre, pour le meilleur et pour le reste. Cantine, vacances, avantages promotionnels, transports, retraite, loisirs (spectacles, sport, lecture, musique, etc.), rencontres, formation extra-professionnelle, crédit, assurances, naissances, décès : une courte liste non-exhaustive des sphères d’influences de l’Entreprise sur notre quotidien déborderait largement du cadre de ce billet.

A un niveau plus intime, l’Entreprise est aussi le théâtre de la réalisation de nos ambitions, de la concentration de nos envies, de la confrontation à nos peurs, de l’accomplissement de nos réussites et de nos échecs, bref, elle est le champ idéal de l’expression de nos désirs, voire de notre désir au sens le plus psychanalytique du terme.

Or l’Entreprise a ceci de particulier qu’elle est le réceptacle du désir autant pour ceux qui y travaillent que pour ceux qui n’y sont pas, ou plus.

Véritable athanor de la réalisation de soi, creuset alchimique d’une vie qui ne tend qu’à la réussite, l’Entreprise se voit alors parée de toutes les vertus pour qui n’y a pas accès et de tous les maux pour qui n’y vit que déceptions et frustrations. Car le désir, au moins à un niveau accessible de compréhension, se situe toujours entre le besoin par nature inassouvi et la demande en perpétuel renouvellement.

TNMédiationC’est ainsi que l’Entreprise est devenue la scène permanente où se serine le vieil adage qui veut que toute satisfaction mène à la frustration, et réciproquement, en un mouvement circulaire et redondant.

On comprend mieux alors le profond désarroi des chefs d’Entreprise qui, formés à la gestion des hommes, des techniques ou du commerce, se trouvent, au quotidien, confrontés à cet élément si intime, si inaccessible (même à soi-même), aussi épuisant qu’inépuisable qu’est le désir de l’autre.

Car les chefs d’Entreprise ne sont pas des psychanalystes et il est bien illusoire d’imaginer qu’un jour le siège social prenne officiellement la forme (même symbolique) d’un divan.