Le Blog

A moitié vide, à moitié plein ?

Par Thierry Noëllec, le 13/01/2015
Catégorie : Pratique de la Médiation

TNMédiationCertaines expressions populaires ont la vie dure et elles servent souvent à résumer des situations plus complexes qu’il n’y paraît. A tort ou à raison ? 


Le souvenir des réveillons n’est pas encore complètement éteint et quelques bulles de plaisir trottent toujours dans les têtes nostalgiques. Le champagne a coulé à flots dans les verres ; l’occasion de digresser doctement sur la querelle du verre à moitié plein ou à moitié vide.

Cela ressemble à la controverse des anciens et des modernes. Hernani, ses admirateurs et ses détracteurs, ne sont jamais bien loin dès lors qu’il s’agit d’apprécier une situation où notre propre implication vaut tous les arguments.

Celui-ci, plein de lui-même, se plaint que son hanap, si plein auparavant, se vide peu à peu ; celui-là, heureux de ne pas être avide se contente de faire le plein à moitié et n’envisage pas d’aller plus loin. Les deux sont à la moitié du verre et n’en boiront pas plus. Mais l’un en est heureux quand l’autre en souffre et, pour un peu, ils s’écharperaient pour savoir qui a le droit de prendre la bouteille avant de se servir à nouveau, bois-sans-soif de la vie jusqu’à expiration de la date de péremption.

Or, techniquement, le verre est toujours plein[i].

Azote, oxygène, gaz carbonique et quelques autres de leurs collègues s’assemblent pour composer l’air ambiant, pour peu qu’il ne soit pas trop pollué. Et donc, quand le vin occupe la moitié du verre, le volume apparemment vide est, lui, rempli à ras-bord de ces composants invisibles. Que dis-je à ras-bord ? Et même au-delà en fait ! En réalité, le verre à moitié vide déborde d’air, bien au-delà de notre simple compréhension.

TNMédiation

Et un esprit chagrin de répliquer : mais alors, le verre complètement vide déborde encore plus ! Certes, mais ce n’est pas le sujet, cher ami. Mais le sujet n’est pas non plus de se satisfaire de ce que l’on a, surtout pas ! Voilà bien une philosophie restrictive qui ne satisfait que les esprits étroits, voire misérabilistes.

Non, la vraie leçon du verre toujours plein, mais de choses différentes, c’est de savoir séparer nos besoins et le temps où ils sont utiles. Ainsi, le soir du réveillon, je préfère un verre de champagne bien plein. Mais il y a d’autres moments où je préfère un verre, voire un grand bol d'air ! C’est une question de temps et d’opportunités, et réciproquement.

TNMédiationAu-delà de la fable du verre à moitié plein ou à moitié vide, il s’agit bien ici d’apprécier notre capacité à négocier, à comprendre la différence entre nos intérêts essentiels immédiats et ceux que nous pouvons reporter, sans les abandonner, afin d’avancer dans la résolution d’un conflit. Une leçon qui s’arrose !


[i] En tout cas, sur la planète Terre