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Scoop, le père Noël existe !

Par Thierry Noëllec, le 23/12/2014
Catégorie : Humeur

TNMédiationOu, comment nos croyances nous façonnent tout autant que nos savoirs. Conte de Noël. Anecdote. 


Je suis né vers la fin des années 50, à une époque où, croire au père Noël faisait partie intégrante d’une éducation bien ordonnée. Et je me souviens encore que le Noël où j’ai appris que ma croyance n’était qu’un leurre, j’avais reçu un camion rouge. Mon premier frère, né deux ans plus tard, fut élevé dans la même tradition.

Mais il en alla tout différemment pour le troisième de la fratrie, né en plein mai 1968.

Notre père, solidement ancré dans sa foi authentique, décida que croire au père Noël n’était pas une bonne chose et que notre jeune frère devait savoir que c’était ses parents, sa famille ou ses proches qui lui offraient des cadeaux à cette occasion. Dès qu’il eut l’âge de comprendre, notre petit frère avait pris l’habitude de choisir lui-même (plus ou moins, car il fallait bien ménager quelques jolies surprises…) ses cadeaux dans les magasins.

Tout alla bien pendant environ cinq ans, jusqu’au jour où il entra à l’école.

Un midi à table, peu avant Noël, il annonça qu’il avait quelque chose d’important à nous dire. Notre jeune frère avait appris que plusieurs de ses camarades de classe (pour ne pas dire tous !) connaissaient un vieux monsieur qui achetait les cadeaux de Noël à la place des parents, et que c’était gratuit, et que les parents n’avaient rien à payer, et que eux aussi recevaient de très beaux cadeaux grâce au vieux monsieur, et que ce monsieur s’appelait le père Noël ! Il proposa donc à nos parents ébahis de faire appel à ce monsieur plutôt que de dépenser leur argent à acheter eux-mêmes les cadeaux.

Soupirs de consternation paternels…

TNMédiationApprendre que le père Noël n’existe pas est rarement un événement heureux pour des enfants dont l’imaginaire se nourrissait jusqu’alors de merveilleux et de récompenses bien méritées.

Mais apprendre qu’il existe quand on n’y croyait pas pose un sérieux problème de logique.

Or le besoin de compréhension du monde qui nous entoure et de la logique qui l’anime est un facteur qui encourage la curiosité et donc la recherche, l’apprentissage et le progrès, individuel ou collectif. Autant dire que ce besoin d’explication logique est solidement ancré en nous et qu’il est toujours à l’œuvre, même à notre insu.

Face au dilemme apparent de notre jeune frère : « ni mes copains, ni mes parents ne peuvent mentir ; or ils ont des informations différentes ; quid ? » la seule réponse logique était que nos parents n’étaient pas au courant de l’existence du père Noël. Il fallait donc les informer. Imparable.

Notre facilité à accepter nos croyances avec autant d’aplomb que si elles étaient totalement avérées, aussi variées soient-elles, relève en grande partie de notre besoin de compréhension logique du  monde. Et c’est pourquoi nos systèmes sont si puissants et que, même après une analyse minutieuse, il est parfois si difficile de nous en défaire. Faute de quoi le monde deviendrait illogique.

Mais d’ailleurs, le souhaitons-nous vraiment ?