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Le hasard et l'innocence

Par Thierry Noëllec, le 09/09/2014
Catégorie : Humeur

TNMédiationNous étions faits pour nous rencontrer, je ne crois pas au hasard. Quoique…


Le hasard (au sens commun) fait partie de ces notions floues et ambiguës que nous manions bien volontiers à notre guise, comme ça nous arrange. Chacun de nous a déjà prononcé la phrase de l’accroche ci-dessus au moins une fois, sinon plusieurs. Et que celle ou celui qui n’y a jamais pensé me jette le premier .

A priori bien éloigné de nos préoccupations quotidiennes, le hasard surgit pourtant régulièrement au détour de nos conversations. Il exerce en effet (ou pas…) son activité au cœur même de nos vies car la question que pose le hasard est toujours la même : y a-t-il ou non une intention cachée, magique ou manipulatrice (c’est selon) derrière ce qui nous arrive ?

Ainsi, au cours d’événements tragiques, le hasard est souvent mis à contribution, en concertation avec la sempiternelle et discutable loi des séries, afin expliquer pourquoi tant de malheurs peuvent nous tomber dessus au même moment. Le hasard sert alors d’exutoire à l’angoisse qui nait de telles situations. Et puis, si c’est bien le hasard qui est à la manœuvre, la chance finira par tourner et la mauvaise passe s’estompera d’elle-même, comme elle est apparue. C’est rassurant.

A l’inverse, à propos d’une belle rencontre ou d’un improbable coup de chance par exemple, le hasard sera relégué au rang de croyance qu’il est bon de nier. Tout cela était écrit et rien n’arrive (de bien !) qui ne soit le fruit de notre bonté naturelle, laquelle méritait, évidemment, une telle récompense.

Or, dans les deux situations, notre jugement est tronqué pour une raison simple, voire simpliste :

On ne connaît du hasard que ce qui se passe.

Et nous ne saurons jamais ce qui ne nous est pas arrivé par hasard (sauf les perdants du loto, bien entendu, bien qu’ils ne le ressentent pas de cette manière. Et pourtant…) Ainsi, telle ou telle rencontre ne s’est-elle peut-être jamais produite parce que ce jour-là, par hasard, j’ai changé mon itinéraire habituel. Ou tel boulot m’a échappé, parce que cette fois-là, je me suis connecté, par hasard, à une heure différente. Plus fort encore, qui me dira à combien d’accidents de la route j’ai échappé, par hasard, parce que ce matin-là j’étais en retard, ou en avance ?

Le calcul de ces innombrables hasards qui produisent tout ce qui ne nous arrive pas est sans doute impossible. Dommage, toutes ces vies parallèles alimenteraient un gros roman qui donnerait le vertige aux plus pointus des experts en physique quantique.

Quant à vous qui avez réussi à lire cet article sur un blog (a priori) dédié à la médiation, je vous remercie de l’avoir lu jusqu’à la fin. Mais est-ce par hasard ?