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Le menteur dit toujours la vérité

Par Thierry Noëllec, le 25/02/2014
Catégorie : Pratique de la Médiation

Mentir c’est mal. Toutes les sociétés, toutes les formes de morale, bannissent et condamnent le mensonge. Et pourtant il y a tellement à en apprendre. Dis-moi comment tu mens, je te dirai qui tu es. Explications.


Au cours de la médiation d’un conflit, il n’est pas rare (il est même banal) d’avoir affaire au mensonge[i]. Il peut être la source d’un conflit entre deux protagonistes ou surgir au cours de l’un ou l’autre des entretiens individuels (voire de l’entretien de médiation) comme moyen d’évitement par exemple. Le mensonge en entreprise, comme dans la vie courante, est une réalité omniprésente. Un article du Figaro.fr rappelait l’an dernier que 25 % des candidats trichent sur leur CV, et les occasions de mentir au travail ne manquent pas : absences, vacances, retards dans les délais, oublis, bévues, etc.

Rares sont celles et ceux qui ne se sentent pas floués, voire insultés, lorsqu’ils découvrent qu’ils ont été trompés et notre réponse naturelle tend toujours à la condamnation du mensonge… d’autrui…

Or le menteur dit toujours (une forme de) la vérité et ce pour au moins deux raisons principales.

  • Premièrement : Il faut que mon mensonge ait une certaine crédibilité pour mon interlocuteur. Rien ne sert en effet de justifier de mon retard au travail en prétextant la soudaine maladie de mon petit garçon si mon protagoniste sait très bien que je n’ai pas d’enfants.
  • Deuxièmement : Je dois avoir une certaine prise sur mon mensonge. Dans l’exemple ci-dessus, je n’ai aucune expérience des maladies infantiles et donc je me trouverai vite piégé au bout de deux ou trois questions, même posées incidemment ou innocemment. Je dois pouvoir me mouvoir dans mon mensonge comme en pays connu afin d’éviter les pièges et être forcé de reconnaître que j’ai menti.

Donc, en inventant une fiction qui lui permet d’échapper à la réalité, le menteur divulgue en fait une partie de sa vie mais surtout, il révèle la relation particulière qu’il entretient avec cet univers précis. Cet univers (des enfants, un parent, un ami, une voiture, toute autre entité, etc.) fait donc office de protection, de position de repli naturel et, sans chercher nullement à sonder les arcanes sombres de son inconscient, le menteur expose en pleine lumière des pans entiers de sa personnalité qu’il pensait enfouir grâce au mensonge.

C’est donc en ce sens que le menteur dit toujours la vérité, à condition de le laisser parler et de l’écouter au-delà (ou en deçà, d’ailleurs…) de sa propre parole, fut-elle sincèrement fausse.

Ce qu’une célèbre pop star barbadienne chante ici, à sa manière. 

 

 

 



[i] Convenons ensemble que ce billet ne traite pas des cas pathologiques et qu’il ne s’intéresse qu’aux « normopathes ». Toute autre approche nécessiterait des développements psychiatriques qui ne sont pas l’objet de ce blog.