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Socrate : père du "recadrage" (2/2)

Par Thierry Noëllec, le 14/11/2013
Catégorie : Bibliothèque

Deuxième partie de l'analyse de Fabienne Vittori, blogueuse invitée. Ou comment le vieux Socrate prend toute sa place dans notre relation quotidiene à autrui.


Fabienne Vittori Coach professionnelle« Changer de regard »

Près de 2000 ans plus tard, la maïeutique socratique est toujours utilisée dans la relation d'aide. Cette technique est très inspirante. En effet, par exemple, les théoriciens du Mental Research Institute de Palo Alto conceptualiseront le recadrage en utilisant la même approche que Socrate au sujet de l'illusion de nos perceptions. Ils utiliseront un jeu pour le faire comprendre. Le jeu des 9 points[1] est une parfaite illustration des présupposés auto restrictifs qui limitent notre processus cognitif dans la mesure où il nous conduit à émettre une hypothèse que l'énoncé ne comporte pas et donc à créer un problème qui n'existe pas.

 

Relier les 9 points de la figure par 4 lignes droites en gardant toujours le crayon sur le papier

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C'est donc en dépassant ce carré et donc ce champ que l'on trouve la solution. Il faut sortir du cadre pour y répondre. « Recadrer signifie changer le point de vue perceptuel, conceptuel et émotionnel dans lequel une situation donnée est perçue pour la déplacer dans un autre cadre qui s’adapte aussi bien où même mieux aux faits de cette situation concrète, dont le sens par conséquent change complètement [2]» Il s’agit de sortir la personne concernée du cadre pour qu’elle envisage des solutions auxquelles elle n’avait pas pensées hors du cadre. Le recadrage consiste à mettre en lumière des interprétations « limitantes » puis à proposer de nouveaux points de vue, sens, utilité.  

Ainsi, en coaching, trois types de recadrages peuvent être proposés au coaché : au niveau de son point de vue, au niveau du sens qu’il donne, au niveau de l’utilité de son comportement. Comme c’est un outil puissant, le coach doit s’assurer de différents éléments avant de l’utiliser : avoir préalablement saisi la façon dont le coaché perçoit sa réalité et donc son « cadre » de référence ; s’assurer de la qualité de l’alliance avec le coaché ; veiller à l’écologie du changement proposé. Etre recadré par un coach professionnel permet d’élargir sa représentation du monde, de redonner de la liberté d’action et de choix et d’augmenter ses options d’actions. C’est un outil puissant qui permet une solution rapide à une situation nouée. Au bout du compte, la décision d’agir et de comment agir appartient au coaché. C’est lui qui sait.

Le coaching peut alors s’envisager comme « une maïeutique dans laquelle le progrès est généré par le coaché à travers un dispositif particulier structuré à partir d’un savoir-faire et d’un savoir-être du coach [3]», comme un processus co-élaboratif qui « participe d’une éducation de la responsabilité [4] » et où l’on « apprend à penser autrement, pour agir différemment [5] ». Car, comme l’avait déjà dit Marcel Proust il y a 100 ans, « le seul, le vrai, l’unique voyage est de changer de regard ».

 

 

Fabienne Vittori, Coach professionnelle – Formatrice en communication



[1] Watzlawick, Paul ; Weakland, John, Fisch, Richard ; Changements, paradoxes et psychothérapie, Seuil, 1975

 

[2]     Watzlawick, Paul ; Weakland, John, Fisch, Richard ; Changements, paradoxes et psychothérapie, Seuil, 1975

[3]     Angel, Pierre ; Amar, Patrick, Le coaching, PUF, 2005

[4]     Lenhardt, Vincent ; Buratti, Laurent, Découverte du coaching, InterEditions, 2007

[5]     Kourislky, Françoise, Du plaisir au désir de changer, Dunod, 1995


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