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Médiateur extrême : le négociateur d'otages

Par Thierry Noëllec, le 16/09/2014
Catégorie : Pratique de la Médiation

MGDistributionSi vous avez repéré un oxymore dans le titre, vous avez raison. Médiateur et extrême ne vont pas très bien ensemble. Et pourtant, dans certains cas... Explications


Le site mediate.com (en anglais) publie régulièrement des articles de qualité qui traitent de tous les sujets en rapport avec la médiation, entendue au sens large qu’elle peut avoir en Amérique du Nord. Le site propose de nombreuses rubriques utiles et abrite plusieurs blogs.

Dernièrement je suis tombé sur un article écrit par Jeff Thomson et  Hugh M. McGowan qui aborde le délicat sujet des négociateurs d’otages (Hostage Negotiation Team - HNT) qui travaillent en concertation avec la police de New-York. Cette unité spéciale de négociateurs existe depuis 1973, elle intervient plus souvent en un seul mois que la plupart des autres unités U.S. en un an.  Rien qu’en 2012, les officiers d’HNT sont intervenus plus de 400 fois, dont une prise d’otages qui a duré 50 heures, impliquant 17 négociateurs différents.

Intitulé Talk to me (parle-moi), l’article expose la profession en détail. Son accès est exclusivement réservé aux officiers de police ayant au moins 12 ans d’expérience dans les services de police de New-York (NYPD). Ils suivent ensuite une formation complémentaire courte mais intense, qui comprend notamment plus de 40 heures sur la négociation avec des personnes au comportement pathologique.

Ensuite, l’article détaille les qualités exigées pour exercer la fonction de négociateur d’otages, HNT.

  • Talk to me (parle-moi). Cette position d’écoute, bien connue de tout médiateur ou psy, est essentielle dans ce type de négociation car l’exercice de la parole finit toujours (sur une durée plus ou moins longue) par calmer le locuteur et l’amener à réfléchir plutôt qu’à réagir.
  • La patience. Elle est vitale pour le négociateur qui évite ainsi les prises de décisions pulsionnelles, tant pour lui-même que pour le preneur d’otages.
  • L’écoute active. Elle est synthétisée par un acronyme anglais, PRIME SOS, qui résume les points suivants : Paraphrase ; Réflexion (miroir) ; I messages (le jeu du JE, donc pas d’engagement impersonnel) ; Minimal encouragers (un peu de réconfort) ; Summarize (reformuler la parole de l’autre afin de montrer qu’elle a été comprise) ; Open-ended questions (questions ouvertes) ; Silence.
  • Le respect. Il mène à l’absence de jugement et à la sincérité. Il implique également (et ça c’est plus surprenant pour un béotien !), l’absence totale de manipulation de la part du négociateur. Sa sincérité doit restée intacte d’une affaire à l’autre.
  • Le calme. Le calme du négociateur, dans ses mots, dans le ton de sa voix,  est conçu comme une alternative plausible à la violence inhérente à la situation de crise dans laquelle sont impliqués les preneurs d’otages.
  • La conscience de soi. Cette position permet aux officiers de HNT de trouver rapidement la bonne attitude à adopter vis-à-vis du parfait étranger avec lequel ils vont interagir pendant de longues heures.
  • L’adaptabilité. Elle est essentielle dans la mesure où, la situation de crise pouvant durer plusieurs heures, les demandes du preneur d’otages vont évoluer, en général d’exigences matérielles (une voiture, etc.) vers des sollicitations plus affectives (je me sens mal, etc.)

Certes, chacun d’entre nous est (fort heureusement) rarement, voire jamais, confronté à de telles situations de crises. Cependant, à la lecture de la liste de qualité ci-dessus, on se dit qu’appliquées à nos situations quotidiennes, elles pourraient toutes se révéler fort utiles pour traiter nos propres conflits, conflits dont nous sommes souvent les otages inconscients.