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La tolérance n'est pas un gros mot !

Par Thierry Noëllec, le 17/12/2017
Catégorie : Pratique de la Médiation

TNMPériclèsAu cours d’une médiation, il y a toujours un moment, parfois épidermique, où la tolérance fait une entrée fracassante sur le terrain, le plus souvent interprétée de travers par les protagonistes. Vite, un dictionnaire !


A l’instar de l’absence de respect ou de communication, le manque de tolérance est toujours la faute de l’autre, rarement la sienne propre (sauf cas de lucidité congénitale ou d’auto-flagellation excessive, certes.) La tolérance est alors exigée afin de satisfaire son propre désir d’être enfin entendu et considéré.  Mais, à l’inverse, elle peut aussi être conspuée en tant que forme banale d’un laxisme ambiant généralisé. Elle est alors savamment rapprochée de mots tels que « maison » et « zéro » qui finissent de la décrédibiliser à jamais.

Retour aux sources.

Dans son ouvrage, Pourquoi la Grèce ? la grande helléniste Jacqueline de Romilly nous donne une clé de compréhension de la notion de tolérance qui mérite d’être rappelée. Spécialiste de Thucydide et du siècle de Périclès elle analyse la pensée grecque avec mesure et pertinence, nous appelant ainsi à un retour salutaire aux origines de la pensée contemporaine.

Or, selon l’auteur, le mot tolérance[i] est issu d’un adverbe grec qui signifie tout simplement « sans prendre offense ». La tolérance est donc une position d’écoute de l’autre sans a priori vindicatif, une attitude d’analyse et d’attente qui, certes, accepte une parole différente chez autrui, mais qui ne préjuge en rien de la réponse à apporter. Cette attitude du « sans prendre offense » évite donc les deux écueils sur lesquels se heurte la tolérance à la sauce d’aujourd’hui :

  • En tant que position d’écoute, elle ne s’impose pas à autrui mais ne peut venir que de soi. Elle ne peut être exigée mais elle peut être démontrée.
  • Elle n’engendre aucunement le laxisme puisqu’elle ne s’applique qu’à l’écoute et laisse à chacun le choix des réactions apropriées après avoir entendu l’autre en toute sérénité.

Jacqueline de Romilly ajoute que la tolérance était typiquement une attitude athénienne opposée à celle de Sparte qui, à l’inverse, abordait systématiquement toute question par le biais du conflit afin de le régler par la force.

Ramenée à sa plus simple expression, celle d’une écoute attentive éventuellement bienveillante, la tolérance trouve alors toute sa place, sa vraie place, dans un processus de règlement des conflits qui, de toute façon, exige toujours d’aller à la rencontre de l’autre.


 

Pour les plus curieux, une vidéo de Jacqueline de Romlly sur son ouvrage.

 



[i] Jacqueline de Romilly – Pourquoi la Grèce – Le Livre de Poche – Page 122