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L'empathie : le test de l'armoire de toilette

Par Thierry Noëllec, le 25/10/2013
Catégorie : Pratique de la Médiation

Souvent citée, voire revendiquée, l'empathie souffre d'une confusion récurrente avec la sympathie. Comment y voir plus clair ? Votre armoire de toilette peut vous y aider !


C'est l'antienne de toute bonne émission de télévision où viennent s'épancher les coeurs solitaires, les âmes en peine ou les révoltés insatiables, l'empathie est à la mode comme le sont l'écoute, le lâcher-prise pour ne citer que ces deux redondances langagières qui font de tout animateur télé un psy charismatique (un psy-quoi, d'ailleurs ?) 

Sympathie, antipathie, empathie, comment s'y retrouver ?

Contrairement à la sympathie (qui signifie "souffrir avec") et à l'antipathie (qui implique de lutter contre la souffrance de l'autre), l'empathie n'est pas un sentiment mais une position.

Et pour le comprendre aisément, il suffit de se placer devant son armoire de toilette. Vous savez, celle avec les portes affublées de miroirs à l'extérieur comme à l'intérieur. Ouvrons les portes et admirons notre visage serein qui se reflète à l'infini de chaque côté des portes de l'armoire de toilette. Admettons qu'une porte reflète notre côté positif (la gauche, par exemple) et que l'autre reflète notre côté négatif (la droite, donc - mais vous avez le droit d'inverser les valeurs si ça vous chante).

Ce reflet que nous voyons dans le miroir c'est bien sûr nous-même, mais c'est aussi autrui. En effet, nous ne fonctionnons que par écho de nous-même en autrui et vice-versa. Donc, l'antipathie que je peux ressentir vis-à-vis d'autrui est un écho de mon mal-être. Alors qu'inversement, la sympathie que je ressens sera l'écho de ce qui me plait en moi.

Antipathie et sympathie relèvent du ressenti.

Il en va tout autrement de l'empathie qui est une position.

Exercice : Vous êtes donc devant votre armoire de toilette dont les portes sont ouvertes. Un coup d'oeil à gauche, reflet. Un coup d'oeil à droite, reflet. Reculez-vous de quelques centimètres, légèrement à droite ou un peu plus à gauche et... votre reflet a disparu. L'armoire et son contenu sont toujours là, bien présents, inchangés, mais vous n'y êtes plus. C'est votre nouvelle position qui a induit ce changement essentiel. Plus de reflet, plus d'antipathie, plus de sympathie. Face à vous, ne subsiste plus que l'armoire de toilette dans toute sa plénitude d'armoire de toilette, sans aucune interférence. A cet instant et cet endroit précis, vous êtes dans la position de l'empathie, totalement présent mais décalé afin qu'aucun reflet ne soit possible. Théoricien de l'espace-temps, Albert Einstein apprécierait.

Bien entendu, réaliser le même exercice avec des personnes en souffrance, qui ressemblent à tout sauf à des armoires de toilette, est beaucoup plus complexe et demande, exige, une pratique éprouvée de la part du médiateur qui, souvent sollicité pour prendre partie, doit éviter les pièges du pathos tout en acceptant la douleur, la souffrance, paroxystique parfois, des médiés dont il doit traiter le conflit