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20 biais cognitifs qui orientent notre jugement

Par Thierry Noëllec, le 12/01/2016
Catégorie : Internet

Thierry Noëllec MédiationExpliquer, comprendre, juger : nous passons notre vie à utiliser nos facultés pour appréhender le monde. Hélas, notre cerveau nous manipule, (nous ment !), à longueur de journée.

Transcription commentée


Les articles qui présentent les biais cognitifs sont assez courants sur le web, et les blogs qui traitent du management s’en délectent. Pour cette transcription, j’ai choisi de vous présenter un article paru il y a quelques mois sur UK Business Insider, un site de référence en  la matière. 

L'article original est signé par  Samantha Lee et  Shana Lebowitz. Les auteures y présentent donc les vingt biais cognitifs les plus usuels qui orientent, manipulent, notre jugement à notre insu.

 

Thierry Noëllec MédiationYou make thousands of rational decisions every day — or so you think.[i]

 

1 – Les ancrages

Nous sommes excessivement dépendants de la première information que nous retenons (dans une négociation, par exemple.) Elle oriente notre manière d’appréhender les informations suivantes. Celles-ci seront organisées en fonction de la première information qui servira d’étalonnage pour en évaluer la pertinence.

 

2 – La source  disponible (heuristique)

Nous avons tendance à surévaluer les informations dont nous disposons au détriment de celles qui dérangent notre jugement. Ainsi, un fumeur mettra en évidence le cas exceptionnel de tel individu, gros fumeur, mort centenaire, pour mettre en doute la nocivité du tabac.

 

3 – L’effet de groupe

La probabilité qu’une personne adopte une opinion augmente en fonction du nombre de personnes (du même groupe) qui ont déjà cette opinion. C’est un effet de mimétisme qui explique pourquoi les réunions de travail sont souvent improductives (car naturellement plus ou moins consensuelles.)

 

4 – L’angle mort

Refuser de reconnaître ses propres biais cognitifs est un biais en soi. Il est plus aisé de mettre en évidence les biais d’autrui que les siens. (La méta-position est un art difficile…)

 

5 – C’est mon choix !

Il est difficile de remettre en cause ses propres choix. Même si un choix se révèle fort peu judicieux, nous avons tendance à mettre de côté ses aspects négatifs et à valoriser ses aspects positifs.

 

6 – L’illusion par amalgame

Nous avons tendance à voir des trames là où il n’y en pas. C’est le biais cognitif le plus courant dans les jeux de hasard. Ainsi, après une longue série de « rouge » à la roulette, il n’y a aucune raison rationnelle pour que tout à coup sorte le « noir ».

 

7 – La confirmation des arguments

Nous avons tendance à ne retenir (entendre, sélectionner, comprendre) que les arguments qui confirment une position que nous avons déjà prise. Les arguments contraires nous paraissent systématiquement hors-sujet ou non pertinents.

 

8 – Le conservatisme

Corolaire du point 7. Nous préférons les preuves que nous connaissons déjà aux preuves nouvelles que l’on nous présente. Sans chercher à les analyser réciproquement. Galilée en a fait l’amère expérience.

 

9 – La surinformation

Elle caractérise la tendance à vouloir chercher des informations sans lien avec l’action en cause.  Parfois, moins d’information permet d’obtenir des prédictions plus justes.

 

10 – L’effet autruche

Il se caractérise par la décision d’ignorer sciemment une information négative ou dangereuse qui remettrait en cause son opinion. Des études semblent démontrer que les investisseurs vérifient leurs valeurs bien moins souvent quand les affaires vont mal.

 

11 – L’illusion du résultat

Apprécier une décision sur ses seuls résultats plutôt que sur l’ensemble de ses paramètres est également un biais cognitif. Ainsi, ce n’est pas parce que vous avez gagné beaucoup d’argent à la roulette que c’est une bonne décision de compter sur le hasard.

 

12 – L’arrogance

Nous avons parfois beaucoup trop confiance en nos capacités, nos talents, ce qui nous mène à prendre des risques inconsidérés au quotidien. C’est le plus courant chez les experts, tant ils sont naturellement convaincus de leur savoir.

 

13 – L’effet placebo

Célèbre en médecine, l’effet placebo est tout autant à l’œuvre dans d’autres domaines. Il consiste à croire que telle ou telle action a un effet positif (ou négatif) sur soi pour que cet effet et ses conséquences deviennent « réels », ou peu s’en faut.

 

14 – L’illusion de l’innovation

Un biais qui prend toute son ampleur lorsque les partisans d’une innovation (notamment technologique, mais pas seulement) tendent à surévaluer ses avantages et à minimiser ses inconvénients. Le web ne manque pas de listes sur ce sujet.

 

15 -  Le dernier en date

L’inverse (plus ou moins) du point 1. C’est la tendance à surévaluer l’information la plus récente au détriment des précédentes. Les investisseurs jugent du marché à venir sur l’aspect qu’il a au moment où ils prennent leur décision, par exemple. En oblitérant ses aspects antérieurs et le fait qu’ils peuvent se reproduire.

 

16 – Le point saillant

Il met en lumière notre tendance à ne retenir que  les caractéristiques les plus évidentes d’une personne, d’une information ou d’un concept. Malgré le terrorisme, les accidents de la circulation ou le sida, le cancer reste aujourd’hui la première cause de mortalité en France. 

 

17 – la perception sélective

Ou comment nos attentes, nos espoirs, orientent la manière dont nous comprenons le monde, un événement, voire une personne. C’est ce biais qui le plus à l’œuvre dans la perception du discours politique parmi les militants de quelque parti que ce soit.

 

18 – Les stéréotypes

Peut-être le biais le plus connu et le mieux détecté… chez autrui…

Ce biais nous conduit à qualifier a priori les qualités et les défauts des personnes ou des groupes que nous rencontrons pour une première fois. C’est un biais utile car il facilite le contact en cas d’a priori positif. Il devient largement négatif lorsque l’information n’est pas analysée au-delà du premier contact.

 

19 – Le survivant

C’est un biais qui se concentre sur les exemples positifs d’une expérience donnée.

C’est un biais très courant chez les personnes qui tentent une carrière artistique (chanson, cinéma, etc.) En oubliant les nombreux candidats à la gloire qui ont échoué.

 

20 – Le risque zéro

Selon les sociologues, nous aimons les certitudes même si elles sont contreproductives. La tendance à rechercher le risque zéro (idem pour le principe de précaution) est une quête biaisée qui s’illusionne sur le fait que pourrait exister une action qui ne léserait absolument personne.

 

Quelques infos en plus :

Sur le site de l'article original, le pied-de-page indique les sources utilisées pour réaliser ce top 20. 

Puis, juste en dessous, vous pouvez cliquer sur une vidéo qui vous enseignera comment parler sans biais cognitif. Enfin bon…

 

Thierry Noëllec MédiationCommentaire 

Les biais cognitifs font partie de la manière dont notre cerveau gère l’information. Vouloir s’en passer est sans doute illusoire.

Croire que l’on en est exempt est stupide (voir point 4).

Apprendre à les détecter chez soi-même peut en revanche se révéler fort intéressant.

Repérer ses propres présupposés permet en effet de remettre en question ses croyances, ses certitudes, et donc de progresser dans une connaissance de soi et d’autrui toujours en mouvement. Déminer ses propres biais cognitifs est un premier pas vers des prises de décisions plus en rapport avec le monde réel, ce qui engendre moins d’échecs et de frustrations.

Plus facile à écrire qu’à faire, je suis bien d’accord.


 

 

Thierry Noëllec MédiationBonus qui n’a rien à voir avec ce qui précède :

La médiation des litiges relatifs à la consommation relève d’une directive européenne de 2013.

Ici, l’exemple du Luxembourg.

 

 

 



[i] Chaque jour, vous prenez des milliers de décisions rationnelles – en tout cas, c’est ce que vous pensez.